Evidemment, dès 16 H 30, hier, j’étais l’un des millions de téléspectateurs qui ne voulaient pas rater « l’inauguration », comme ils disent, de Barak Hussein OBAMA.
Nous avons vécu un temps historique du rêve américain : ce peuple qui au départ était un semis d’émigrés disparates fuyant pour la plupart, la misère européenne et pour les autres, bois d’ébène traqué, vendu, exporté, ce semis d’émigrés a tout connu : la lutte pour survivre, les rivalités sanglantes, les batailles tribales, l es convoitises des puissances européennes, l’exploitation humaine, le fouet, la guerre civile, le Ku Klux Klan, la ségrégation au quotidien. Par la volonté de quelques grands hommes et la rage de vivre de tous les autres, ce semis s’est ordonnancé en patchwork pour devenir une fédération démocratique dont le respect viscéral de la constitution est le credo. De fil en aiguille, si j’ose dire, ce semis d’émigrés, ce patchwork culturel, par son énergie et sa détermination sut se donner une appartenance, une citoyenneté, une force qui a fait de sa fédération la première force mondiale qui a, en son temps, sauvé l’humanité de deux guerres mondiales nées dans la vieille Europe. Et tout cela en 3 siècles seulement. Il y eut bien quelques dérives inquiétantes et lourdes de conséquences mais l’erreur est le risque de l’action et l’essentiel est d’essayer de la réparer.
Hier, nous les avons vu se donner pour Président, un métisse d’origine en partie kéniane, une première dame afro-américaine issue de l’esclavage, entourés de leur famille « en technicolor » comme disait ce matin un journaliste, famille dont les membres viennent de presque tous les continents. En voyant le nouveau Président de ce Pays encore premierer leader mondial, « la Force tranquille » m’est venue à l’esprit. Mais c’était plus que ce slogan déjà utilisé, c’était plutôt « la Responsabilité déterminée et sereine ». « Le Monde a changé, nous devons changer » dit-il et, pour lui, le changement doit s’appuyer sur l’Unité, la responsabilité, l’effort et l’espoir. Comme disait un illustre de ses prédécesseurs. « Nous ne devons avoir peur que de la peur ».
Devant le produit de ce rêve américain, un journaliste demanda à Hubert Védrine ce que nous, français, pouvions attendre de ce fait historique. J’ai aimé la réponse : « Demandons nous plutôt ce que nous, européens, allons faire de cette opportunité historique ». Valéry Giscard d’Estaing, sur un autre plateau, faisait une remarque de la même veine. « Les Etats-Unis sont notre partenaire naturel. Mais il faut nous donner une dimension supérieure si nous voulons compter dans le monde »
Nous y voilà. Nous voilà devant notre responsabilité, saurons nous oser et n’avoir peur que de la peur pour réaliser notre union politique ? Je suis persuadée que nous sommes à un carrefour historique : au moment où les Etats Unis veulent changer et changer le monde, nous sommes, nous citoyens d’Europe, devant un choix : voulons nous devenir le partenaire naturel de l’Amérique où allons nous nous contenter d’être une myriade d’alliés dépendants. Allons nous être une force agissante auprès de la comète Amérique où bien, au nom de concepts archaïques, choisir d’être les poussières, étincelantes sans doute, mais seulement les poussières de la queue de la comète ?
Nous ne pouvons plus, chaque pays d’Europe, individuellement, compter dans le monde. Certains de nos vieux Pays dorent encore leur égo en faisant « comme si » mais les évènements récents ont démontré que si nos idées nationales peuvent encore un peu influencer la réflexion du monde, nous ne pesons que par le poids de notre union. Alors, en nous servant de l’outil Lisbonne, vite et bien, accédons à la dimension supérieure prônée par Hubert Védrine et par Valéry Giscard d’Estaing. Devenons enfin une Union politique parlant d’une seule voix, s’appuyant sur une défense européenne bien organisée et la richesse de sa longue histoire commune et de sa diversité culturelle. Nous sommes à mi parcours sur ce chemin, encore un effort et nous quitterons la myriade scintillante des poussières de la queue de la comète Amérique, pour devenir la comète Europe, partenaire de la première, pour le meilleur du monde. Cela commence par l’exercice de notre citoyenneté européenne : votons et faisons voter en Juin pour désigner nos représentants au Parlement européen et boostons nos gouvernements pour qu’ils n’aient peur que de la peur, la peur de ne plus compter dans la marche du monde. Le seul moyen de servir notre Pays, c’est de le vouloir fort dans une Union européenne politique. C’est cela le rêve européen qui devrait être notre credo...
Hubert Védrine pense, et moi aussi, que la présidence française de l’Union fut efficace et que cela permet à la France d’être un des leaders pour réaliser ce rêve européen. Et j’ajoute, cela d’autant plus que c’est un français, VGE qui a su mener la Convention vers une constitution européenne, dont l’essentiel est repris dans le traité de Lisbonne. Mais chacun de vous est aussi en responsabilité pour le réaliser ce rêve, car l’Europe c’est vous, c’est nous.








