Suite à la participation de Sylvie Goulard, présidente du Mouvement Européen - France à l’émission « L’invité de la semaine » proposée par Radio France International en partenariat avec l’Express, l’article suivant, est paru samedi 24 janvier sur le site de l’Express :
« La victoire de Monnet sur Staline »
Par Marc Epstein, Pierre Ganz, Propos recueillis par Marc Epstein et Pierre Ganz dans le cadre de l’émission RFI-L’Express L’Invité de la semaine, publié le 24/01/2009 10:00
Sylvie Goulard, présidente du Mouvement européen France, auteur d’Il faut cultiver notre jardin européen (Seuil, 2008), passe en revue les réactions de l’UE face aux crises traversées depuis mi-2008.
Guerre en Géorgie, récession, conflit du gaz entre l’Ukraine et la Russie : l’Union européenne (UE) a-t-elle bien réagi aux crises de ces derniers mois ?
Comme la plus belle fille du monde, l’UE ne peut offrir que ce qu’elle a. En tout cas, cette succession de crises démontre la nécessité d’être bien outillé. Nous sommes confrontés à un monde qui est instable et dangereux, dans lequel nous devons veiller à défendre nos intérêts. Chacun s’accorde à considérer que, sous la présidence française, de juillet à décembre 2008, le président de la République a fait preuve d’une grande réactivité. Mais la formule de Jean Monnet reste pertinente : « Rien ne se crée sans les hommes ; rien ne dure sans les institutions. » Prenez la crise financière. Il fallait réagir dans l’urgence pour sauver les banques. Soit. Mais repenser le capitalisme, cela exige d’autres qualités, et pour cela les personnalités ne suffisent pas.
L’Union pour la Méditerranée (UPM) a été lancée en grande pompe, le 13 juillet 2008, à Paris. Ce projet parasite-t-il l’Union européenne ?
De tout ce que Nicolas Sarkozy a fait depuis qu’il est président, c’est sans doute la plus grande erreur. Le projet original décrivait la nécessité de créer une union entre les Etats de la rive nord de la Méditerranée et ceux de la rive sud, en excluant les pays qui n’étaient pas riverains. C’était la première fois, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, que les Français avançaient un projet dont ils excluaient l’Allemagne. L’UPM a ensuite été profondément révisée à la demande d’Angela Merkel - avec raison, à mon avis. Car l’Union européenne répond à des intérêts stratégiques communs à la France et à l’Allemagne. En attendant, cet épisode a entraîné une perte de crédit assez forte de Nicolas Sarkozy, outre-Rhin.
Quelles leçons tirer de la crise financière ? Pensez-vous que le reste du monde pourrait redécouvrir, à cette occasion, le modèle européen et son économie sociale de marché ?
Aux Etats-Unis, de nombreux commentateurs reconnaissent que la gestion de la Banque centrale européenne a été plus avisée que celle qui a été menée à Washington. Au sein de l’Union européenne, nous tentons de mettre en place un cadre démocratique dans lequel nous essayons de nous mettre d’accord sur un certain nombre de sujets : économie, politique climatique, etc. Nous traçons une piste, comme on fabrique un prototype. Elle n’est pas achevée, mais elle offre une perspective.
Que reste-t-il du rêve européen quand le Premier ministre tchèque, Mirek Topolanek, dont le pays assume désormais la présidence de l’UE, critique le traité de Lisbonne devant le Parlement européen, comme ce fut le cas le 14 janvier ?
D’abord, ce monsieur n’est pas très cohérent. Il a apposé sa signature sur un texte. S’il ne voulait pas le signer, il pouvait le dire. Pour le reste, entendre un Premier ministre tchèque à la tribune du Parlement européen prouve que le rêve européen est déjà allé loin. Pour ma part, je fais confiance à la sagesse des peuples d’Europe. Le fleuve européen est d’une extrême puissance. Rien ne l’arrêtera. On peut perdre du temps, rater des étapes, ne pas préparer l’avenir. Mais le sens de l’Histoire est clair : c’est à un Tchèque, en 2009, que l’on a confié les clefs de la maison européenne. Si ce n’est pas la plus belle preuve de la victoire de Monnet sur Staline, je ne sais pas où elle est.








