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Débats mensuels du MEF

Comment contribuer à la compétitivité des entreprises européennes ? Le rôle d’Eurochambres

Petit-déjeuner conférence avec Pierre Simon, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris et Président de l’Association européenne des Chambres de Commerce et d’Industrie (Eurochambres)

publié le mercredi 29 avril 2009


Après avoir introduit le Mouvement Européen – France et ses activités, Philippe Arraou, Trésorier du ME-F et animateur de ce petit-déjeuner conférence , a souhaité la bienvenue à Pierre Simon. M. Arraou a ensuite rappelé le parcours de M. Simon, aujourd’hui Président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Paris mais aussi Président d’Eurochambres. Il a souligné son engagement européen constant tout au long de sa carrière, notamment au cours de sa carrière professionnelle dans le secteur bancaire.

Pierre Simon a ensuite introduit son propos en présentant les résultats d’un sondage mené il y a deux mois auprès de 300 PME : seulement 40 % des responsables de ces entreprises étaient au courant des élections européennes de juin.

Il a poursuivi sa présentation en soulignant l’engagement européen de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) qui est à l’origine du lancement d’Eurochambres. La CCIP est gestionnaire de la seule business school européenne, qui s’appuie sur ses cinq campus à Paris, Berlin, Londres, Madrid et Turin. La CCIP gère également l’European Entreprise Network pour les régions Ile de France et Centre. Ce réseau européen apporte un appui à la recherche de partenaires et des informations sur l’environnement européen des entreprises.

La CCIP a également mis en place en son sein « un club Europe » pour rassembler tous ceux qui travaillent sur les dossiers européens et qui œuvrent pour le développement complet de la dimension économique de l’Union européenne, c’est-à-dire, l’achèvement du marché unique.

Après cette présentation de la CCIP, Pierre Simon a expliqué les objectifs poursuivis par Eurochambres, l’Association européenne des Chambres de Commerce et de l’Industrie, créée en 1958.

Pour M. Simon, Eurochambres est le symbole de la coopération économique au niveau européen. Rassemblant les chambres des 27 pays membres, elle comprend également 18 autres membres, dont la Turquie, les Balkans, et nombre d’ex-républiques soviétiques. Ses membres représentent un total de 2000 chambres et 20 millions d’entreprises adhérentes, notamment des PME.

Le rôle d’Eurochambres est de porter au niveau européen l’intérêt des PME, les dossiers de formation ainsi que d’accompagner les entreprises qui le souhaitent vers une internationalisation de leurs activités. Le Président d’Eurochambres a également présenté les principaux domaines dans lesquels se concentre l’action de lobbying de la Chambre européenne : les domaines classiques, mais aussi ceux qui relèvent du marché unique et du Small Business Act, tels que l’environnement juridique et la fiscalité. Pour Pierre Simon, le but est de voir les directives entrer en vigueur et d’obtenir des Etats un soutien concret au secteur de la recherche, tout en assurant le transfert des compétences entre recherche et entreprises. Cette action de lobbying va dans la direction dessinée par la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi mais qui, comme l’a souligné M.Simon, ne possède pas de caractère contraignant pour les Etats membres.

Les actions actuelles de lobbying concernent l’accès au financement pour les entreprises et la lutte contre la fraude et la contrefaçon. M. Simon n’a pas manqué de rappeler que le lobbying a été longtemps perçu de manière négative en France. Pour lui, cette action est pourtant fondamentale, puisqu’elle permet d’être présent en amont du processus d’élaboration des textes législatifs, qui sont généralement pris en charge par un nombre restreint de fonctionnaires. Il a souligné la faiblesse de la France en matière de lobbying, ce qui explique certainement la prégnance de la culture anglo saxonne.

En appui à cette action, Eurochambres mène régulièrement des enquêtes (sur la charge administrative des entreprises, sur la mise en œuvre de la directive service… ) et a lancé, en partenariat avec le Comité des régions, l’Atlas de l’attractivité et de la compétitivité des territoires. Par ailleurs, c’est en suivant cette logique qu’Eurochambres a réuni l’année dernière 750 entreprises au sein du Parlement européen, pour qu’elles puissent exprimer les inquiétudes et les besoins dans le contexte actuel.

Au sein d’Eurochambres, le lobbying accompagne le développement des PME et la logique d’entrepreneuriat. Eurochambres gère ainsi deux types de programmes européens : ceux relevant de la coopération entre entreprises et pour lesquels les chambres de commerce assurent un rôle d’intermédiaire entre les entreprises européennes et d’autres situées en Turquie, dans les Balkans ou en Amérique latine ; et les programmes d’appui direct à l’internationalisation des entreprises. Dans ce cadre, une attention particulière a été attribuée au programme Invest in Med dans le bassin méditerranéen, ainsi qu’au programme European Business Center en Inde.

Pierre Simon a conclu son propos en insistant sur la singularité d’Eurochambres, à la fois lobbyiste et opérateur.

Interrogé sur l’influence du facteur temporel dans la création de nouvelles normes pour combattre la crise, Pierre Simon a souligné l’importance de la perspective à court terme, essentielle face aux difficultés de financement que vivent actuellement les entreprises européennes. Dans cette situation, le rôle d’Eurochambres est celui d’une plateforme qui se veut médiatrice entre les centres décisionnels et les entreprises afin d’assurer le crédit. Pour sa part, M. Simon souligne l’importance de faire avancer les grands dossiers européens en matière de compétitivité et propose la création d’un fonds de garantie intégré à la Banque Européenne d’Investissement.

En réaction à une question portant sur le rôle des partis politiques dans le manque d’intérêt des citoyens aux questions européennes, Pierre Simon a souligné que les carrières politiques des parlementaires sont construites à partir de dossiers nationaux, les parlementaires siégeant à Strasbourg étant perçus comme « loin » des citoyens. Cette distance perçue entre les institutions européennes et les citoyens est également le résultat de pratiques menées par les hommes politiques nationaux, qui ne manquent pas de prendre des distances avec Bruxelles pour faire porter la responsabilité des décisions difficiles. Il y a 20 ans, a rappelé M. Simon, il était plus facile de reconnaître l’Europe, puisqu’elle représentait essentiellement la paix et la garantie de sa pérennité. Pour l’Union européenne, l’enjeu actuel est d’arriver à s’exprimer d’une seule voix dans le panorama actuel, et de concrétiser sa montée en puissance face à l’émergence de nouveaux géants mondiaux.

M. Simon s’est ensuite penché sur la question de l’interventionnisme étatique, qu’il considère impraticable. Pour lui, seule l’économie décentralisée peut fonctionner.

Interrogé sur la place des questions environnementales dans l’action d’Eurochambres, Pierre Simon a expliqué l’existence d’une action souterraine qui se concrétise dans l’action de lobbying pour obtenir un respect généralisé des normes en la matière. La difficulté réside dans la différence entre les contrôles effectués sur le territoire européen, qui mènent à une distorsion de la concurrence entre les différents secteurs et entre les pays.

Suite à une observation provenant d’un auditeur et portant sur le possible danger lié à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, M. Simon s’est limité à rappeler que l’Europe n’est plus le centre du monde et que l’ouverture des négociations d’adhésion avec Ankara relève bien d’un choix politique fait il y a longtemps.

Il a ensuite réagi à une question portant sur le budget européen, et il a souligné à quel point la dimension de politique économique venant en appui à la politique monétaire est un débat tout à fait ouvert et présent. Mais le problème de l’affectation des ressources au niveau européen consiste essentiellement dans le manque de consensus au niveau des Etats membres.

En conclusion, le Président d’Eurochambres a tenu à souligner qu’au niveau européen, beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire. C’est d’ailleurs, selon Pierre Simon, l’économie qui représente le domaine le plus avancé de la construction européenne. L’Union européenne reste une réalité en devenir et les entreprises, aujourd’hui plus que jamais, ont besoin de trouver de vraies raisons de croire en elle.


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