publié le lundi 11 avril 2011

Le Mouvement Européen-France et la Représentation en France de la Commission européenne ont organisé lundi 4 avril 2011 un débat sur le thème « L’Europe, bof ? Discussion sur l’Union européenne et sa communication ».

Intervenants :

  • Claus Sørensen – Directeur Général de la Communication de la Commission européenne
  • Jessica Chamba – Vice-présidente du Mouvement Européen International, Membre du Bureau national du ME-F
  • George Lewi – Ecrivain, sociologue des Mythes, auteur du livre « L’Europe, une mauvaise marque ? »
  • Emilie Louis – Rédactrice en chef de Touteleurope.eu
  • Michael Malherbe – Consultant en communication et blogueur sur la communication européenne
  • Philippe Perchoc – Président de Nouvelle Europe

Thèmes abordés :

 

  • L’Europe, quel message pour quel projet ?
  • Comment communiquer l’Europe au quotidien ?
  • Quelle place pour l’Europe sur les réseaux sociaux ?

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Après une introduction du thème du débat par Romain Sadet, Secrétaire Général du ME-F et Anne Houtman, Chef de la Représentation en France de la Commission européenne, Claus Sørensen a développé son point de vue sur les trois problématiques successivement. Tout d’abord, concernant le contenu du message européen, il a précisé les deux défis auxquels la communication européenne doit faire face : parler en termes concrets et parler dans 27 espaces publics distincts et en 23 langues. Il a rappelé que la communication ne doit pas être à sens unique. Il a également précisé que nous vivions dans l’âge de la communication. Nous sommes bombardés de messages et il faut donc limiter au maximum les messages et cibler les publics et l’actualité. Ensuite, Claus Sørensen a recommandé, afin de communiquer l’Europe au quotidien, de s’adresser aux gens là où ils sont et de construire un socle minimum de compréhension de la chose européenne à travers l’éducation. Enfin, au sujet des réseaux sociaux, Claus Sørensen a reconnu la place centrale de cet outil, notamment pour les jeunes et le moindre coût de son utilisation. Néanmoins, il a fait remarquer également que ces nouveaux média sont mal compris et perçus comme risqués par l’administration.

Philippe Perchoc est ensuite intervenu pour expliquer que la Commission européenne hésite entre deux modèles : présenter l’Europe par ce qu’elle est (porteuse de valeur) ou par ce qu’elle fait (politiques, intérêts). Il a précisé que si la Commission choisit de faire de la politique, cela entraîne inexorablement des désaccords. De même, pour Jessica Chamba, tant que l’Europe était synonyme de valeurs, le message était simple, porteur et universel. Aujourd’hui il s’agit plutôt de parler du contenu, des politiques et des désaccords politiques apparaissent entre les partis politiques et les Etats membres. Il devient alors difficile pour la Commission de parler d’Europe au nom de l’intérêt général européen. On peut alors considérer que ce sont les partis politiques qui devraient alors s’imposer pour porter le discours européen, la Commission se concentrant sur le « vivre ensemble ».

Le vivre ensemble, c’est ce que George Lewi préconise pour renforcer l’attractivité de l’Europe. Auteur d’un ouvrage sur la marque Europe, il insiste sur cette idée d’attractivité en soulignant que l’Europe connaît actuellement une crise normale d’identité en tant que marque car l’attractivité original fondée sur la paix ne suffit plus à convaincre les nouvelles générations. Claus Sørensen insiste sur la nécessité de ne pas choisir entre identité et concret : il faut les deux, à la fois du symbolisme et du plaisir ensemble.

Une communication européenne trop fragmentée et un accès difficile à l’information

Jessica Chamba regrette que l’information soit aussi segmentée au sein de la Commission entre les différentes Directions Générales. Claus Sørensen reconnaît qu’il y a un problème de multiplication des messages au sein de la Commission car chaque service veut garder le contrôle sur la communication de sa politique. Emilie Louis, quant-à-elle, déplore un manque de réactivité sur les sites officiels : il faudrait améliorer la communication auprès de la presse, l’information doit être rapide et accessible. Claus Sørensen a indiqué avoir conscience du manque d’adaptation de la Commission.

Sur les réseaux sociaux, Michael Malherbe a préféré aborder la question sous l’angle des risques à ne pas s’y investir. Ne pas être sur les réseaux sociaux c’est ne pas exister, ne pas donner aux gens la possibilité d’exprimer leurs attentes afin de mieux y répondre, perdre une opportunité d’expertise ainsi que d’ouverture et de transparence.

Donner envie d’Europe

Selon Jessica Chamba, le problème n’est pas que l’Europe n’intéresse pas car la curiosité des gens est bien présente. Emilie Louis a exprimé son désaccord sur ce point. Selon elle, l’Europe n’intéresse pas le grand public. Elle insiste sur le réel problème de personnalisation que rencontre l’Union européenne : il faudrait que les citoyens puissent identifier ceux qui les représentent (les députés européens, le Président du Conseil européen Herman Van Rompuy et la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Catherine Ashton). Actuellement, on ne les entend pas !

Certaines remarques de l’audience ont souligné la nécessité de donner envie aux gens d’écouter les messages sur l’Europe ainsi que de faire un effort pour aller vers les citoyens en entendant leurs préoccupations. Le mal-être traversé par l’Europe actuellement a été comparé à celui auquel fait face l’Eglise, la problématique étant dans les deux cas un éloignement par rapport à la vie quotidienne de la population et une question de spiritualité.

Un représentant de la Maison de l’Europe de Strasbourg a souligné à juste titre le désintérêt des médias français, notamment lors des plénières du Parlement européen à Strasbourg. Une journaliste française présente précise que les journalistes souhaitant parler de l’Europe sont confrontés à deux problèmes : la difficulté à mobiliser des interlocuteurs et les diffuseurs qui aujourd’hui veulent des histoires, des sujets incarnés, des choses que l’Europe peinent encore à donner. Jessica Chamba indique pour sa part que les journalistes ont peu de connaissances sur l’Europe et qu’il leur est donc difficile de savoir où s’adresser. Elle ajoute qu’il ne faut pas essayer de parler des choses bureaucratiques mais plutôt communiquer sur des choses plus simples, des cas particuliers, des exemples en acceptant d’être moins précis et moins complet.

Auteur : Cécile Speich

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