Selma POLOVINA, membre du Mouvement Européen – Haute-Garonne, a assisté à la table-ronde Les citoyens face aux 5 scénarios pour l’Europe, organisée par le GREP (Groupe de Recherche pour l’Éducation et la Prospective) le 9 décembre dernier à Toulouse. Notre contributrice résume les échanges des trois invités d’honneur : M. Jacques VONTHRON, conférencier Team Europe, M. Jean-François SIMONIN, animateur du GREP et M. Jean-Pierre ROUZIERE, président honoraire du GREP.

En débat, le livre blanc sur les 5 scénarios de Bruxelles pour relancer l’Europe publié par la Commission européenne début 2017. Ce livre blanc passe en revue les moteurs du changement au cours de la prochaine décennie et présente une série de scénarios illustrant les évolutions possibles de l’Europe d’ici à 2025. Ce faisant, il lance un débat qui devrait contribuer à cibler les réflexions et à trouver de nouvelles réponses à une question ancienne: « Quel avenir voulons-nous pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour notre Union ? »

Quels sont les moteurs de l’avenir de l’Europe : un espace changeant dans un monde en évolution ?

Sur le plan économique et commercial, l’Europe est considérée comme  le plus grand marché unique au monde et la deuxième monnaie la plus utilisée. Elle est la plus grande puissance commerciale et le premier donateur d’aide au développement et d’aide humanitaire.

Par ailleurs, les dépenses militaires de la plupart des pays dotés des budgets de Défense les plus élevés devraient doubler d’ici à 2045. Toutefois, la place de l’Europe dans le monde se réduit, alors que d’autres régions du monde se développent.

Sur le plan démographique, en 1900, l’Europe représentait environ 25 % de la population mondiale. En 2060, elle n’en représentera même plus 5 %. À cette date, aucun État membre ne comptera plus de 1 % de la population mondiale. En 2030, les Européens seront la population la plus âgée du monde.

La puissance économique de l’Europe devrait également diminuer en termes relatifs, passant bien en deçà des 20 % du produit intérieur brut (PIB) mondial en 2030, contre 22 % environ aujourd’hui. Face à l’augmentation rapide de l’influence exercée par certaines économies émergentes, l’Europe se doit de plus en plus de parler d’une seule voix et d’agir en faisant jouer le poids collectif de ses différentes composantes. « Un poids lourd dans un monde d’éléphants ».

En revanche, le marché intérieur reste l’une des plus grandes réussites de l’Europe. En effet, il reste un espace de liberté pour 500 millions d’Européens. A noter qu’un quart des salariés français travaillent dans une entreprise exportatrice.

Face à cela, quelques points préoccupants :

- la hausse du chômage au niveau global, surtout chez les moins de 25 ans, qui reste un réel défi pour les gouvernements européens ;

- une intensification des menaces et des préoccupations liées à la sécurité et aux frontières ;

- une remise en question de la confiance et de la légitimité : rhétorique populiste et nationaliste, écarts entre promesse et réalisation entre autres (chômage des jeunes).

Dans une deuxième partie, M. Vonthron a présenté les 5 scénarios de l’avenir de l’Europe.

Scénario 1: S’inscrire dans la continuité – l’UE27 s’attache à mettre en œuvre son programme de réformes positives.

Avantages et inconvénients : Le programme d’action positif continue à produire des résultats concrets, fondés sur la poursuite d’un but commun. Les droits que les citoyens tirent du droit de l’UE sont garantis. L’unité de l’EU-27 est préservée mais pourrait tout de même être mise à l’épreuve en cas de différends majeurs. Seule une détermination collective à atteindre ensemble les objectifs fixés dans les domaines qui comptent permettra de combler le fossé entre les promesses sur le papier et les attentes des citoyens.

Scénario 2: Rien d’autre que le marché unique – l’UE27 ne parvient pas à s’entendre pour faire plus de nombreux domaines d’actions, au-delà de certains aspects essentiels du marché unique.

Avantages et inconvénients : Le processus décisionnel est peut-être plus facile à comprendre, mais la capacité d’agir collectivement est limitée. L’écart risque ainsi de se creuser entre les attentes et les résultats à tous les niveaux et les droits que l’UE garantit aux citoyens se restreignent avec le temps.

Scénario 3 : Ceux qui veulent plus font plus – l’UE permets aux États-membres qui le souhaitent d’avancer ensemble dans des domaines spécifiques.

Avantages et inconvénients : L’unité de l’UE à 27 est préservée, tout en permettant une coopération approfondie pour ceux qui veulent aller plus loin. Les droits que les citoyens tirent du droit de l’UE commencent à varier selon qu’ils résident ou non dans un pays qui a choisi d’en faire plus. Des questions se posent quant à la transparence et à la responsabilité des différents niveaux de prise de décision. L’écart entre les attentes et les résultats se rétrécit dans les pays qui souhaitent, et choisissent, de faire davantage.

Scénario 4 : Faire moins mais de manière plus efficace – l’UE concentre ses efforts sur des domaines d’action choisis où elle fournit plus de résultats plus rapidement, et réduit ses interventions dans d’autres secteurs.

Avantages et inconvénients : Les Européens ont le sentiment que l’UE n’intervient que là où elle a une véritable valeur ajoutée. En concentrant plus clairement ses ressources et son attention sur un certain nombre de domaines choisis, l’UE27 peut  agir plus rapidement. L’UE éprouve d’abord des difficultés à donner priorité à certains domaines.

Scénario 5 : Faire beaucoup plus ensemble – l’UE décide de faire beaucoup plus ensemble dans tous les domaines d’action.

Avantages et inconvénients : Le processus décisionnel au niveau de l’UE est considérablement étendu et accéléré. Les citoyens jouissent de plus de droits tirés directement du droit de l’UE. Cependant, le sentiment que l’UE manque de légitimité ou a acquis trop de pouvoir au détriment des autorités nationales risque d’aliéner certains pans de la société.

Les prochaines étapes? Donner la parole au Parlement, aux parlements  et aux gouvernements nationaux, à la société civile, bref aux citoyens.

A la fin de la conférence, plusieurs interrogations et remarques auprès du public notamment sur :

-          la transparence : Comment expliquer l’écart entre ce qui est dit et fait ? Comment expliquer les « paradis fiscaux » ? ;

-          les scénarios : Pourquoi ces « cinq » scénarios ? Comment les citoyens peuvent-ils faire un retour là-dessus ? Comment cela va-t-il être budgétisé ? ;

-          le livre blanc : Comment se procurer le livre blanc ? ;

-          l’Europe ne répond pas aux problèmes sociaux ;

-          que fait-on après 2020 ?

En conclusion

Il y a méconnaissance quasi-totale de cette consultation sur l’Avenir de l’Europe de la part de nos concitoyens à l’image de la méconnaissance des autres consultations publiques de la Commission ou de nos élus. D’où l’importance de l’implication et mobilisation de groupes « apolitiques », tels que le Mouvement Européen ou le GREP, sur un tel débat.

 

 

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