Au lendemain du référendum en Catalogne, notre contributeur Charles Maréchal s’est penché sur les tenants de la crise et appelle à une réaction de l’Union européenne. Un point de vue toujours pertinent dans l’actualité récente, alors que le Premier Ministre espagnol a opposé une fin de non-recevoir à la demande d’une médiation entre les deux partis, exigée par la Catalogne en début de semaine. 

cc. Josep Renalias

Cela ne fait de doute pour personne : la fièvre est montée d’un cran en Catalogne en ce début de semaine ; en lançant de façon inconstitutionnelle un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, le Président catalan Carles Puigdemont a ouvert la boîte de pandore de la guerre civile, hélas bien connue de l’histoire espagnole ; l’attitude intransigeante de Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol n’ a rien arrangé. Son refus,  jusqu’à présent, de négocier une sortie de crise acceptable et la décision de dépêcher la garde civile pour empêcher à tout prix l’ouverture des bureaux de vote, légitime en droit, mais inappropriée politiquement, a fait basculer l’Espagne toute entière dans une zone de turbulences extrêmement dangereuses.

En effet, la Catalogne a voté « massivement »(90%) pour l’indépendance, mais avec seulement 42,3% de votants, soit 2,26millions de votants, et le scrutin ne s’est pas déroulé, c’est un euphémisme, dans un climat paisible….Les violences policières, mais aussi les nombreuses irrégularités constatées  dans les bureaux de vote, ont renforcé l’abstention d’une partie des Catalans, soit par hostilité au séparatisme, soit par refus de choisir entre leur identité espagnole et leur identité catalane.

« Le nationalisme, c’est la guerre. » François Mitterrand, 1995

L’appel à la grève générale ce mardi 3 octobre pour protester contre les violences policières et l’intention prêtée au gouvernement catalan de proclamer unilatéralement l’indépendance risquent de faire monter la tension d’un cran. En effet, l’État espagnol peut- il survivre avec 20% de son PIB qui s’envolerait et qui provient de cette région riche et active ? et d’une redistribution via des transferts solidaires vers des régions bien plus pauvres ?Attention aux égoïsmes cachés derrière les séparatismes !

C’est dire l’urgence d’une désescalade, à laquelle l’Union européenne peut et doit contribuer de manière forte, en appelant à une négociation sur le statut des régions autonomes dans une Espagne plus fédérale ; le fédéralisme peut être la solution : après tout, n’est ce pas la voie que nous avons suivi en Europe depuis 1945 pour mettre fin aux conflits meurtriers entre nos nations ?

Une médiation de l’Union est urgente, car derrière la question catalane, il y a aussi la question écossaise,  la question de l’Italie du Nord, la question du nationalisme flamand, etc…

Et nous ne nous pouvons nous permettre le luxe de nous diviser ; « ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise » ; plus que jamais cette devise de l’Europe doit être appliquée et démontrée. Difficile, bien sûr, mais urgent…..

(Le point de vue exprimé ici reflète l’opinion de l’auteur et non de l’association dans son ensemble)