Tous les milieux économiques et financiers ne parlent plus, depuis l’aube du 24 juin, que du Brexit et des incertitudes introduites subitement dans le système européen. J’ai été comme beaucoup choqué par cette étrange et inattendue nouvelle. L’aspiration des peuples à conserver leur souveraineté est très naturelle. Mais dans l’exercice de construction des nations à travers l’Histoire, les peurs individuelles me semblent avoir été surmontées par des hommes courageux pour créer des unités toujours plus grandes : des seigneurs aux principautés, des royaumes aux nations, vers les continents. N’oublions pas que notre petit monde, fragile, n’est qu’une quantité limitée et définie de biens universels. Comment dès lors ne pas aspirer à gommer les conflits et chercher le Bien Commun ? Question que chaque politicien devrait s’entendre poser par son miroir de salle de bains, en se rasant le matin.

Nos hommes politiques poussiéreux, carriéristes et opportunistes, sentant le vent potentiellement tourner, s’empressent alors de rallier la cause consensuelle du « moins d’Europe », une « Europe rendue au pays qui la forment ».

 

Et pourtant, nous ne pouvons pas jeter les réalisations du passé avec l’eau du bain.

 

Il y eut des hommes forts, en particulier, dans la construction européenne : Jean Monnet, Robert Schuman au démarrage, parmi les pères fondateurs. Puis Jacques Delors, le développeur, lequel a tenu une impressionnante marche forcée. Dans mon métier, qui couvre la vie patrimoniale des familles, on parle souvent des trois générations : les « créateurs » qui ont eu l’idée et posé les bases d’une initiative intéressante et qui rencontre ses succès. Puis parmi les enfants, on y trouve le plus souvent un « développeur », qui sait transformer le business de son père, son oncle ou son beau-père, en machine de guerre commerciale, conquiert des marchés, globalise et finalement fait exploser la valeur de son entreprise. La troisième génération, en règle générale, est celle des « héritiers », qui profitent et manquent d’envie. Rares sont les familles qui parviennent à trouver la voie sereine des partages successoraux; les divisions renaissent, retournant dans leurs tombes les créateurs comme les développeurs qui les ont précédés. La potion magique des grandes familles, c’est de trouver les règles de fonctionnement qui font qu’on se respecte, qu’on reste unis et alors un talent à la troisième génération puis à la quatrième et ainsi de suite trouvera sa place dans la famille, au bénéfice du Bien familial, plutôt que de partir voler de ses propres ailes ailleurs ou encore se cacher dans un grand groupe.

 

Ne soyons pas, 60 ans après le démarrage de l’aventure, cette troisième génération d’héritiers qui dilapident. Trouvons-nous un nouveau créateur, puisque le temps du développement sera inévitablement remisé pendant longtemps. Il nous faut consolider nos bases.

 

Il me semble que nous devrions respecter le travail accompli par nos pères, à tout le moins les interminables heures passées et les efforts de négociation consentis pour parvenir à un résultat si prometteur. Nous avons une responsabilité par rapport à cet héritage.

 

Car l’Europe n’est pas parfaite, c’est évident et qui pourrait le prétendre ?

 

Néanmoins, ne pas oublier les progrès qu’elle a aussi apportés.

 

J’ai grandi dans un environnement qui n’a rien à voir avec celui que nous connaissons actuellement. La génération qui nous suit ne peut pas ignorer cela, bien que née à la fin des années 1990 ou au début des années 2000. Le franc, les cours de change, les Traveller chèques, tout cela elle ne peut pas les comprendre. Il n’y avait pas d’Eurostar entre Paris et Londres : un voyage linguistique anglophone à 13 ans relevait du courage ; ou alors il fallait passer par des organismes coûteux d’encadrement. Il n’y avait que l’avion ; une journée professionnelle ou de soldes chez Harrod’s, cela n’existait pas. Etre stagiaire à Munich ou étudiant en Autriche, cela signifiait être payé en espèces, en deutsche mark ou en schillings, avec tous les risques que cela comporte de se promener en ville avec la caisse du mineur à la fin du mois, à 18 ou 22 ans… Erasmus ne faisait que débuter.

 

Je suis un entrepreneur diplômé européen, petit-fils d’entrepreneurs patriotiques français, particulièrement sensibilisé dès mon plus jeune âge, par mes aïeux, à l’importance du couple franco-allemand. J’ai grandi dans la construction européenne sans m’y impliquer, n’en cueillant que les fruits et surtout évitant de mettre la main dans un quelconque engrenage. A l’aube de succès, j’ai même, moi aussi, dans le sillage de multiples success stories et autres « pigeons » très très sérieusement envisagé le départ ou la délocalisation en Suisse… craché dans la soupe… Puis, à la lumière d’une forte spiritualité que je ne saurais ni ne voudrais renier, j’en ai cherché le sens, ou plutôt le Sens. Et tout a changé.

 

Chers quadras, il est temps de quitter notre silence et prendre en main le nouveau destin européen !

 

Ceux qui ont voté pour le brexit nous ont précédé et feront long feu : c’est démographique. Ceux qui nous suivent veulent recevoir de l’espoir. Entre deux : nous.

 

Tout d’abord dans la transformation devenue inévitable des institutions européennes ; mais également dans leur communication et leur interaction avec les peuples. Qui est informé des programmes importants accomplis par la BEI (ndlr. Banque Européenne d’Investissement) par exemple, en croissance exponentielle ces dernières années ? voire même lequel de nos concitoyens connaît-il l’existence de la BEI et ce qu’elle a apporté dans son environnement local immédiat. Nos Maires, relais de contact avec la population, doivent être responsabilisés (et soutenus, car ils croulent sous la charge de travail) dans cet exercice, si nous voulons pouvoir continuer à profiter de ces canaux essentiels de distribution de la sève.

 

Le chantier de l’uniformisation fiscale est un enjeu important.

 

Formons-nous, informons-nous !

 

Engageons-nous !

 

Réformons-nous !

Olivier Dontotentrepreneur franco-allemand et fondateur d’un cercle franco-allemand de l’immobilier