L’après Brexit et ses grands défis pour une Europe citoyenne

Prise de position du ME-F sur l’après référendum britannique

        Le résultat du référendum du 23 juin a attristé le mouvement civique que nous sommes, car pour nous le Royaume-Uni a toute sa place en Europe. Nous entrons dans une période d’incertitude politique et économique qui exige lucidité et détermination.

        La décision de notification par le Royaume-Uni du recours à l’article 50 du Traité sur l’Union européenne appartient à la Chambre des communes mais rien ne permet de spéculer sur le report sine die de cette notification. C’est dans ce contexte que les 27 doivent s’entendre sur un mandat de négociation avec le Royaume-Uni sans acrimonie.

 

L’Europe : des acquis considérables mais fragiles

        Face à la montée des populismes et des nationalismes et à la veille du soixantième anniversaire du Traité de Rome, les dirigeants européens ont la responsabilité historique de  défendre les acquis considérables mais fragiles de la construction européenne, mais aussi celle de savoir répondre aux attentes des citoyens.

        L’Union européenne est, en effet, une réussite. Depuis plus de soixante ans, l’Europe vit en paix. Elle est une des régions les plus prospères de la planète. Grâce à la solidarité entre ses membres, le niveau de vie a fortement augmenté dans les régions les plus démunies de l’Union, qui ont rattrapé une grande partie de leur retard. Le Royaume-Uni est l’un des grands bénéficiaires de cette dynamique positive, y compris dans sa composante des politiques régionales.

 

Mais réaffirmer les réussites de l’Europe ne suffit plus

        Les citoyens sont tournés vers l’avenir et ont de nouvelles attentes, de nouveaux besoins de protection. Aujourd’hui encore, comme au début des années 2000, les citoyens souhaitent que l’Union joue un plus grand rôle dans les domaines de la justice et de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, de la maîtrise des flux migratoires, de l’accueil des réfugiés en provenance de zones de conflits périphériques. Ils veulent aussi de meilleurs résultats dans les domaines de l’emploi, de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, de la prévention et de la réduction de la pollution, ou du combat contre les changements climatiques.

        Alors que jamais l’Union n’a été confrontée à autant de situations de crises ou de tensions à quelques heures d’avion de Bruxelles, les citoyens ont besoin de plus d’Europe dans les affaires extérieures, la sécurité et la défense.

        Ils sont aussi critiques à l’égard d’une forme de bureaucratie européenne, comme ils le sont à l’égard des bureaucraties nationales. Ils ne supportent plus les intrusions de réglementations dans des domaines qu’ils jugent secondaires ou qu’ils estiment relever des responsabilités des Etats membres. La Commission européenne est consciente des  dérives bureaucratiques et s’efforce, depuis sa nomination, de les limiter.

 

Renouer une relation de confiance avec les citoyens

        Nier la diversité européenne serait également une erreur. La déclaration de Laeken de décembre 2001 demeure aujourd’hui d’actualité : « Les différences nationales et régionales sont souvent le produit de l’histoire ou de la tradition. Elles peuvent être enrichissantes. En d’autres termes, ce que le citoyen entend par « bonne gestion des affaires publiques », c’est la création de nouvelles opportunités, et non de nouvelles rigidités. Ce qu’il attend, c’est davantage de résultats, de meilleures réponses à des questions concrètes ».

        L’après référendum britannique offre une formidable opportunité, celle de renouer une relation de confiance avec les citoyens. Fréquents sont les témoignages qui montrent que de nombreux citoyens sont en train de prendre conscience de leur attachement à l’Union européenne, au Royaume-Uni, mais aussi dans toute l’Europe. Les pays fondateurs, et bien évidemment parmi eux la France, l’Allemagne et l’Italie, ont une responsabilité particulière pour montrer la voie, sans chercher à imposer un quelconque directoire. Il leur appartient de poursuivre le travail qu’ils ont engagé en février 2016 à l’initiative de l’Italie. Ces réunions régulières des ministres des affaires étrangères des six pays fondateurs sont un facteur d’espoir qui reste à concrétiser par des décisions qui parlent aux citoyens.