Grèce : trop d’Europe ou pas assez ?

 

L’Europe vient de recevoir un avertissement sans frais : la victoire du parti d’extrême gauche Syriza aux élections législatives grecques. La question n’est plus d’écouter les lamentations que ce parti a fait couler dans les milieux européens, pas plus que de prendre au pied de la lettre l’émotion réjouie des autres partis d’une gauche radicale en Europe. Le peuple grec a parlé, que peut-il se passer maintenant ?

 

Il faut rappeler quelques vérités pour raisonner sur l’avenir. Ce n’est pas l’Europe, ni même la Troïka, qui a jeté la Grèce dans le désordre économique. C’est la Grèce elle-même, dont les finances publiques étaient catastrophiques, le système de perception des impôts hypothétique, et les privilèges des grandes familles politiques comme de l’Eglise arrogants. Mais tout le monde – FMI compris – a fini par admettre que l’aide internationale pilotée par  la Troïka étranglait la population plutôt que de remettre le pays en capacité de rembourser ses dettes. En somme, un désordre extrême du système public grec a conduit à un remède extrême des financiers internationaux, qui ont fabriqué une protestation politique extrême.

 

Où sont les menaces ? D’abord, c’est la Grèce elle-même qui n’a pas intérêt à sortir de l’Europe, ni non plus de l’euro. Si elle le faisait, les marchés européens deviendraient plus chers pour elle, et ses capacités d’emprunt ruineuses pour Athènes. Mais l’Europe non plus n’a pas intérêt à voir s’éloigner la Grèce ou à la laisser sortir de l’euro : des pays comme l’Allemagne ou la France ont prêté, et il serait bon de les rembourser un jour. Que des moratoires ou des échelonnements fassent partie d’une négociation n’est un péril mortel pour personne, et les argentiers savent faire depuis la fin de la 2e guerre mondiale : ils en ont vu d’autres.

 

Mais il y a deux grandes questions à résoudre : si Tsipras échoue, les nationalistes grecs d’extrême droite, fascisants et détestables pour beaucoup d’entre eux, sont au coin du bois. Et en Espagne comme ailleurs, le nouveau Premier ministre apparaît comme le héros qui a forcé les institutions européennes à écouter toute une partie des peuples, ce qui est d’ailleurs déjà un peu le cas : la déception serait alors si cruelle que l’extrême droite saurait en profiter.

Mais les observateurs raisonnables, ceux qui pensent que dans la mondialisation les petits pays seront suivistes et non plus leaders, pensent une nouvelle fois que cette crise ne vient pas d’un excès d’Europe, mais de son insuffisance. Plus d’intégration dans les secteurs régaliens qui suppose une solidarité européenne aurait permis de soutenir, en même temps que les prêts financiers, l’instauration d’une croissance sérieuse en Grèce. Ce qui leur eût permis de se libérer progressivement de leur endettement, sans que le prix fût payé par des suicides, la misère dans des familles, des coupes drastiques dans les systèmes sociaux et les niveaux salariaux.

 

J’espère que ce coup de clairon servira de leçon à l’Union, et permettra à la Commission Juncker et au Parlement d’agir avec la hauteur d’une autorité régalienne.

 

Jean-Marie Cavada

Président du ME-F

Député européen

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Julien CARPENTIER

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