«  Un jour je m’en irai sans avoir tout dit. » Tel est le titre du dernier ouvrage de J. d’ Ormesson.

C’est pour moi une incitation à vous en dire davantage, aujourd’hui, sur l’Union européenne. C’est au moment où le concert des nations relève de plus en plus du jeux des rapports de force que l’horizon de l’Europe, en tant que grande puissance, s’avère de plus en plus évanescent et que l’influence française décroit en corrélation avec un élargissement décidé à l’unanimité en lieu et place de l’approfondissement.

Ni Victor Hugo ni Winston Churchill n’ont pu inspirer nos élites concernant la création, étape par étape, des Etats Unis d’Europe. Je vous en parlais dans mon papier d’humeur de février 2013.

Rappelez-vous, sous le titre : « L’Europe  grande puissance ou le marché avec la perfide Albion » je réagissais aux déclarations à la presse, à Londres, de David Cameron désireux d’organiser un référendum en Grande Bretagne sur son appartenance à l’Union Européenne. En clair : soit vous faites une nouvelle Europe, celle des marchés du libre-échange, soit nous partons. J’ajoutais mon opinion : les britanniques n’ont pas du tout l’intention de partir. Ils veulent seulement une Europe à la sauce anglaise. Philip Gordon, Secrétaire d’Etat américain avait par ailleurs ajouté : « nous voulons une voix britannique forte au sein de l’UE, c’est l’intérêt des États-Unis ».

Y-­a-­t-­il eu des réactions à ces déclarations publiques ? Pas vraiment. Avec humour je dirai : même pas quelques ricochets sur un immense océan d’indifférence.

En seconde partie de mon papier d’humeur, sous le titre « Que faire maintenant », quelques suggestions, peu conventionnelles il est vrai, visant à recréer un enthousiasme  pour des projets à moyen et long terme, pour l’Europe et donc pour nous même. Si je me permets de revenir sur le sujet, c’est qu’un fait nouveau est intervenu : le 5 Décembre dernier, surgissement de Lady Ashton, si critiquée, voire vilipendée depuis sa nomination il y a quatre ans, à Bruxelles. Faute d’une nouvelle Europe, assisterions-nous à la naissance d’une Seconde Dame ? French or british humour ? Lisez la suite c’est très sérieux.

L’autre Madame Europe.

Le 5 décembre dernier, une pleine page du quotidien Le Monde est consacrée au triomphe, à Genève, de la conférence sur le nucléaire iranien de Lady  Ashton, Haute représentante aux Affaires étrangères de l’Union Européenne. Un titre sur trois colonnes : le triomphe discret de l’autre Madame Europe. (Procurez-vous cet article, il contient de véritables pépites)

Lobby or not to be: une Europe néo­shakespearienne.

Sans être obligé de tout dire, sans révéler aujourd’hui les noms des coupables, sachez que des stratégies existent, depuis toujours, à l’extérieur de notre continent, visant à empêcher la naissance d’une Europe politique de plein exercice. Elles ont réussi. C’est aussi simple et essentiel que cela !

Avant  de voter, le 25 mai, lisez avec attention deux ouvrages :

1.  Storytelling : la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (Christian Salmon ­Editions La Découverte 2007).

2.  La Banque : comment Goldman Sachs dirige le monde (Editions Albin Michel­Septembre 2010)

Le storytelling, véritable contrefaçon des réalités, avec l’élargissement de l’Europe à marche forcée, voici deux éléments essentiels pour comprendre notre monde.

Un nouveau siècle des lumières pour l’Europe.

Nous ne pouvons tout de même pas rester les bras ballants. Sans mésestimer le rôle de nos institutions nationales, publiques et privées, en responsabilité des questions  européennes, que je fréquente depuis les années soixante, une avant-garde doit être constituée. Un noyau dur de personnes physiques de haut  niveau, libres de pensée et d’expression à l’image de leurs prédécesseurs du 18 ème siecle mais visionnaires pour le 21ème siècle.

Une utopie ?

Bien sûr, c’est une utopie, mais au point où nous en sommes, il ne faut rien négliger. Andrè Gide déclarait : « comme si tout grand progrés de l’humanité n’était pas dû à de l’utopie réalisée. Comme si la réalité de demain ne devait pas être faite de l’utopie d’hier et d’aujourd’hui. »

IN FINE

C’est bien de parler des jeunes et de notre héritage, c’est mieux de les faire participer, avec des « sachants » à des équipes pluri nationales. Objectif : des projets visionnaires, et d’abord sur l’essentiel, par pitié !

Par Jean ­Claude Piel, directeur honoraire Relations extérieures du Groupe Sigma.

Adhérent du Mouvement-Européen-Yvelines.