Nous voici quasiment à la fin d’une année 2013, qui n’a pas été marquée par une forte relance du projet européen, tout au moins dans sa consistance politique et citoyenne. L’euro zone a mieux passé cette année que la précédente grâce aux instruments de meilleure gouvernance qu’elle s’est enfin donnée, même s’il reste des progrès évidents à réaliser notamment pour démocratiser son fonctionnement.

Au 1er janvier 2014, la Lettonie intègrera l’euro zone, et seuls dix pays restent pour l’heure en dehors, la plupart ayant vocation à la rejoindre, seuls le Royaume Uni et le Danemark pouvant faire valoir une exemption en vertu des Traités.

L’union bancaire, complément nécessaire de l’union monétaire, est sur de bons rails, grâce à l’obstination d’un homme de l’ombre, l’ancien ministre français Michel Barnier, membre d’une Commission européenne si souvent vilipendée par d’irresponsables hommes politiques ou journalistes. Il montre ainsi combien cette institution est irremplaçable dans la mise en œuvre des instruments juridiques d’une volonté politique européenne parfois bien difficile à ébranler… Le dossier est technique, mais il impacte le citoyen européen, en organisant désormais sans recours à ce dernier le sauvetage de banques européennes en péril, ainsi que leur supervision au plan européen.

Si ces mécanismes sont nécessaires, ils ne seront pas suffisants pour convaincre tous les citoyens de notre Union à se déplacer autour d’enjeux européens, en mai 2014 pour élire leurs députés au Parlement européen. La disparition programmée du site internet PRESSEUROP        faute de la poursuite de son financement par la Commission européenne en cette fin décembre 2013, ne peut que constituer un obstacle de plus pour qu’un espace de débat politique européen soit opérationnel et contribue à conforter la communauté de destin entre citoyens de l’Union. Pourtant au-delà de la connaissance des actualités institutionnelles, des décryptages et des échanges d’idées sont plus que jamais indispensables, à un moment où le déchainement des souverainismes au deux extrêmes de l’échiquier politique peut avoir de graves conséquences sur le devenir de notre projet.

Dans son ouvrage « La crise de l’euro et comment nous en sortir » (réédition janvier 2013) Jean Pisani-Ferry analyse la situation de façon très réaliste : « Depuis douze ans qu’ils participent à l’euro, beaucoup d’Etats ont joué avec les disciplines communes et les impératifs de la coopération. Ils n’ont pas fait un pas vers l’union politique. Ils s’en sont même éloignés comme l’ont montré l’échec du projet de constitution en 2005, l’affaiblissement constant de la Commission européenne et l’ascension des partis qui font campagne sous l’étendard du chacun pour soi »

Comme le montre encore le contre-exemple de l’intervention solitaire de la France en République centrafricaine, la politique étrangère, de sécurité et de défense commune demeure balbutiante, malgré sa consécration par les Traités. Elle se présente pourtant comme un axe fort de l’espace européen politique qui peut mobiliser le citoyen. Celui-ci ne voit pour l’heure, surtout dans l’euro zone, qu’une version « austéritaire » de la « contrainte européenne », alors que ce sont bien les Etats qui sont seuls responsables des déficits et des dettes publiques calamiteuses qui freinent leurs possibilités de relance saine de l’économie européenne. L’horizon doit impérativement être éclairci pour des électeurs en mal de repères, à un moment où le rêve européen inspire une large partie de la population ukrainienne qui revendique le seul droit d’avoir un lien partenarial avec cette Union boudée par tant de citoyens. Le terrain des valeurs est donc celui de la reconquête de l’idée européenne : la démocratie, l’Etat de droit, le recul de l’arbitraire, la promotion des libertés et des droits fondamentaux, voilà ce qui motive notre combat dans l’édification d’une Union politique européenne, qui ne peut à court terme, emporter la fin des Etats nations, mais qui avec la renaissance d’une véritable puissance dans l’économie globalisée, être le moteur de notre espace partagé à 28  aujourd’hui. Voilà peut-être un message d’espérance pour l’année nouvelle …

Les propos tenus en mars 1951 par Walter Hallstein qui fut le premier président de la Commission européenne demeurent en tous les cas d’une troublante actualité : « Nous savons que la plus grande partie du chemin qui nous mène à la  Fédération européenne se trouve encore devant nous. Nous connaissons également notre adversaire le plus dangereux : l’égoïsme national qui divise les peuples et qui a encore des alliés dans tous nos pays. Mais, si à l’avenir, cette œuvre prend corps dans l’action d’hommes animés d’un esprit vraiment européen, nous lui aurons infligé une blessure mortelle… »

     Jacques LEPERS