« Nous voulons mettre en place des frontières et dissoudre Schengen si nous n’arrivons pas à négocier des points importants : les frontières, l’euro, le protectionnisme. Il faut retrouver la monnaie nationale ou sortir de l’UE. L’anomalie, c’est l’Union européenne »…

Voici exprimée crûment et clairement la « vision » de la droite extrémiste française, qui ne cesse d’occuper les préoccupations de nombre de médias en France, toujours prompts à alimenter les polémiques mais jamais pressés d’expliciter et de décrypter avec sérénité ce qu’apporte l’Union européenne depuis sa création.

Ces extraits d’une interview matinale donnée après la tragi comédie du second tour de l’élection cantonale partielle organisée dans un canton du Var montre s’il en était besoin que l’idée européenne est bien celle prioritairement combattue par des courants qui n’ont jamais accepté le début même de sa concrétisation.

On y ajoutera les incantations du leader d’un autre courant toujours de droite nationaliste incarné par N Dupont Aignan, lui aussi fréquemment invité par les médias audiovisuels, alors qu’il ne représente presque que lui même.  Elles sont rapportées par J QUATREMER   sur son blog « Coulisses de Bruxelles » qui pointe le combat ridicule mené contre l’espace SCHENGEN  (http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2013/10/nicolas-dupont-aignan-la-fronti%C3%A8re-ce-gilet-de-sauvetage-qui-signore.html)

« un poste frontière n’a jamais empêché quiconque de passer. Même la Wehrmacht, qui n’avait pas la retenue de nos policiers démocratiques, n’a pas réussi à rendre hermétique les Pyrénées, c’est dire. Surtout, on ne voit vraiment pas pourquoi un simple contrôle de papiers hexagonal dissuaderait les méchants Grecs et les très méchants Italiens de regarder ailleurs lorsqu’un clandestin passe sur leur territoire pour tenter sa chance comme cela s’est toujours fait bien avant 1995 et l’entrée en vigueur de Schengen (l’Italie a du attendre octobre 1997). NDA feint de croire qu’avant Schengen, il n’y avait pas d’immigration clandestine. On se demande par quel miracle la France a régularisé 132.000 personnes en 1981 (sur 145.000 demandes), puis 80.000 en 1997 (sur 143.000 demandes)…

Surtout, NDA, qui a fait l’ENA et connait donc parfaitement l’état du droit, sait que Schengen n’empêche nullement les contrôles, bien au contraire. Ils ne sont simplement plus fixes et s’exercent désormais à l’intérieur des pays, les policiers des différents pays coopérant entre eux et pouvant s’entraider. Ce qui est mille fois plus efficace, tous les policiers vous le diront. Schengen, ce n’est pas la liberté de ne pas respecter les lois »

 

En dehors de ce journaliste vigilant, aucun homme politique « pro européen » n’a souhaité dire cette vérité sur ce qu’est l’espace SCHENGEN ! On mesure là l’ambiance dans laquelle nous baignons à quelques mois des élections européennes, tandis que des migrants disparaissaient en mer aux portes d’une Union européenne d’une parfaite hypocrisie, par peur de nourrir les populismes !

Pendant ce temps, des débats passionnants se déroulaient à Bruxelles sur le  thème « Réinventer l’Europe ». En dehors des médias belges, de quelques grands journaux francophones, silence TV en ce compris sur la télévision publique en France (sauf ARTE chaine heureusement à vocation européenne) ! Si l’on continue sur cette voie, il n’est pas étonnant de constater l’atonie actuelle de l’envie d’Europe …

Deux figures marquantes de l’Union européenne, Jacques Delors et Valéry Giscard d’Estaing (du passé, dirons certains, mais quelles sont les leaders européens d’aujourd’hui ?) ont exprimé lors de ces journées bruxelloises deux points de vue qui méritent sans nul doute réflexion :

« Je suis partisan de la méthode communautaire, explique Jacques Delors. Avec une Commission européenne, qui se soucie de l’Europe au jour le jour, au lieu de dirigeants politiques qui n’y pensent qu’en se rasant toutes les six semaines et à peine »

« Il faut accepter l’idée qu’à la fin du processus, l’Europe sera fédérale. Il faut créer une véritable identité européenne, pour que l’on ne dise plus « je suis un Français européen » mais plutôt « je suis un Européen français » (Valéry Giscard d’Estaing)

 

                                                                      Jacques LEPERS