Le 5 septembre 2013, jour du cinquantième anniversaire de la mort de Robert Schuman, un article signé Jacques Hausler, Président de la section Lorraine du Mouvement Européen-France parraissait dans les colonnes de l’hebdomadaire lorrain LA SEMAINE en hommage au « Père de l’Europe ».

 

 

 

 

Au-delà des images d’Épinal du père fondateur de l’Europe, devenu Pèlerin de l’Europe sur la fin de sa vie, élu président du Mouvement européen international, mouvement qui se prolonge aujourd’hui en Lorraine, élu président de l’Assemblée parlementaire, ancêtre de l’actuel Parlement européen, au-delà du moine laïc que d’aucuns voudraient voir canonisé un jour, évoquons certains traits du grand politique qui a marqué l’histoire, et qui pourrait nous inspirer encore de nos jours.

 

Ce fut, selon Adenauer, un « idéaliste réaliste », oxymore qui synthétise l’homme. Idéaliste, Schuman le fut par la conformité constante de son action aux valeurs humanistes d’inspiration chrétienne et par une vision stratégique clairvoyante. Il voyait loin et large, tant vers le passé que vers l’avenir. Ainsi il cherchait à ne pas reproduire les erreurs du lendemain de la Première Guerre mondiale : pas de diktat correspondant à un équilibre éphémère des forces qui n’aurait pas manqué d’être remis en cause lors du recouvrement de sa puissance par le vaincu. Cette attitude rompait avec le sentiment majoritaire des Français et du général de Gaulle. François Mauriac écrivait à l’époque qu’aimant tellement l’Allemagne, il préférait qu’il y en eût deux. Il recherchait une solution équilibrée et durable, qu’il finit par trouver. Cette Europe unie devait s’ouvrir sur le monde, comme modèle, et comme acteur de sa pacification et de sa prospérité.

 

Il pratiquait le respect. « Luxembourgeois de naissance, Germanique d’éducation, Lorrain de toujours et Français de cœur », selon Jacques Fauvet, Schuman respectait les peuples, qu’il connaissait de l’intérieur par son biculturalisme. Homme des frontières, il vivait ces « cicatrices de l’histoire », davantage comme unissant que divisant. Ne recherchant pas la popularité de l’éphémère, mais la fermeté pertinente et bienfaisante à terme, Schuman respectait ses électeurs. Un élu responsable ne doit pas suivre ses troupes, il doit les guider : « Ce qui est bon pour une nation doit être préféré à ce qui est souhaité dans l’instant et dans l’ignorance ». Il préconisait de respecter les nations contre un État fédéral prématuré.

 

Enfin il assumait la responsabilité politique des projets qu’il entreprenait, citant Joffre : « On ne sait pas qui a gagné la bataille de la Marne mais moi, je sais bien qui l’aurait perdue »

 

Réaliste, Schuman sut fédérer le banal avant le régalien, l’intendance, comme aurait dit le général de Gaulle, avant la politique étrangère, la défense ou la monnaie. Il était plus proche de la fédération d’États-nations de Jacques Delors que de l’État fédéral post-national à la Verhofstadt ou Cohn-Bendit. Malgré sa réputation, il fit preuve de rapidité de décision : il s’engagea sur la CECA en deux jours à Scy-Chazelles. Son audace face à l’incertitude est sans doute redevable de sa foi en la providence ? Il pratiqua la rapidité de réalisation, démontrant une habileté manœuvrière tactique qui n’excluait ni la ruse ni la brutalité. Il surprit le Conseil des ministres, n’ayant mis dans la confidence que Mayer et Pleven. Il omit de prévenir l’Anglais Bevin, anticipant ses réticences, mais prévint l’Américain Acheson, pour se concilier ses bonnes grâces. Cet homme qui n’était pas un orateur savait pratiquer l’éloquence des actes avec constance, détermination, voire stoïcisme, comme en 1947 face aux grèves insurrectionnelles.

 

Nul n’est prophète en son pays, et Robert Schuman est davantage méconnu par les Français qu’honoré par les Européens. La France officielle bouda ses obsèques : un seul ministre en exercice, Louis Joxe. L’antagonisme avec les gaullistes repose sur une querelle de paternité à propos de la réconciliation avec l’Allemagne et sur un rejet de toute supranationalité. Edmond Michelet a raison, qui dit : « Quand les passions seront éteintes, l’Histoire retiendra le nom de l’artisan qui a posé la première pierre et de celui qui a fait surgir l’édifice : elle les rassemblera dans la même reconnaissance »

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Jacques Hausler, Président du Mouvement Européen Lorraine

 

Par : MEDOC Jean