Soixante numéros de cette lettre mensuelle ont été diffusés depuis février 2008…

Ils reflètent de façon subjective l’humeur d’un militant européen convaincu, soucieux d’inviter à plus d’audace et d’innovation dans le combat en faveur de cette Europe plus unie.

A un moment clef, celui du renouvellement des organes de direction de la section Nord de notre mouvement, et donc peut être d’un non renouvellement dans ses fonctions de vice président de l’auteur de ces lignes, il n’est pas inutile de resituer à nouveau les enjeux de notre action, dans un contexte particulièrement difficile pour l’idée européenne elle même.

Comme cela a souvent été ici écrit, il ne s’agit pas de récuser la nécessité d’un virage fédéral de l’Union européenne, mais il ne serait vain de soutenir comme le font certains d’entre nous que nous devons tout articuler autour de cet objectif. 

En effet, même si on ne peut que le déplorer, au moins depuis mai 2005, l’opinion publique dans sa majorité plus ou moins silencieuse, est devenue moins convaincue de l’ardente nécessité de ce « plus d’EUROPE » que nous ne cessons de défendre dans nombre de domaines. Pour des raisons qu’il est bien difficile de lister de façon exhaustive : mauvaise appréhension des institutions de l’Union européenne, crise des dettes souveraines présentée ou analysée comme une crise de l’euro, conviction selon laquelle l’Union européenne sert d’abord un capitalisme non régulé, et ne le négligeons pas persistance des réflexes nationaux, encouragé à la fois par beaucoup d’hommes politiques, voire indirectement par les médias les plus puissants…

Or progresser vers le fédéralisme suppose au moins que soit ressuscitée l’envie d’une Europe, capable d’apporter des réponses positives sur nombre de dossiers, et de s’imposer sur la scène mondiale. Elle passe surtout par la renaissance du concept de la citoyenneté européenne : alors qu’il existe juridiquement depuis 1993, il ne se vit toujours pas au quotidien. Le terme « étranger » est toujours utilisé par exemple en France pour qualifier des personnes qui sont certes non françaises, mais dotées de la citoyenneté de l’Union européenne. C’est ainsi que lors de la récente BRADERIE DE LILLE, était mis en exergue la présence importante des ÉTRANGERS (Belges, Néerlandais, Britanniques…).

Faire que les citoyens de nos pays se regardent enfin comme européens, ayant la même monnaie pour beaucoup (17 sur 28) et partageant les mêmes valeurs démocratiques, voici une ambition forte.

Vaincre les postulats basiques, absurdes mais simples des nationalistes situés aux extrêmes de l’échiquier politique est également déterminant, alors que, crise économique aidant, ces courants politiques risquent de connaître des succès lors de prochaines échéances électorales y compris ultime paradoxe aux prochaines élections européennes en mai 2014 !

Ainsi, notre Mouvement doit avant tout, sauver l’idée européenne, et ne pas se répandre en permanence sur le schéma institutionnel idéal d’une union fédérale qu’hélas nous ne connaîtrons pas dans le moyen terme. Nous avions une fenêtre pour la mettre sur pied notamment avec moins de partenaires, et lorsque l’idée de la dernière guerre restait encore très prégnante, mais force est de constater que nous avons échoué, ou que notre capacité d’influence a été trop faible…

Dès lors que nous vivrons sans doute encore un certain temps avec le modèle légué par les traités imparfaits réécrits de LISBONNE, l’urgence est à la remobilisation des citoyens aujourd’hui indifférents ou rétifs sur la thématique de l’unité européenne : pourquoi faire ? avec qui ? en laissant ou pas les nationalités demeurer ? en mettant l’accent sur quels domaines d’action à l’échelle européenne ? comment transformer la souveraineté nationale en souveraineté partagée ?

Elle est aussi à la compréhension mutuelle des uns et des autres au delà des frontières en nous intéressant à ce qui se passe chez nous et pas uniquement dans nos petites frontières nationales. Il est à ce titre anormal que les chaines publiques de radio TV n’aient aucune obligation éditoriale : une météo quotidienne européenne, une revue quotidienne d’actualités sur les 28 pays de l’Union, des reportages pour pénétrer les territoires (pas uniquement à la mode hexagonal qui a cours sur une chaîne privée française vers 13 h)…

Cette lettre se veut donc toujours engagée, dans une certaine idée de notre mission en tant que MOUVEMENT EUROPÉEN et ne survivra que si cette idée demeure incarnée.

Terminons en constatant la faiblesse de la commémoration du cinquantième anniversaire de la mort de Robert SCHUMAN, avec toutefois une déclaration d’un des derniers chef de gouvernement ayant contribué aux grandes étapes de la construction européenne, en la personne de Jean Claude Juncker, présidant jusqu’il y a peu le gouvernement luxembourgeois   « gardons vivant la mémoire de cet homme de courage que fut Robert Schuman. Et retrouvons également ce courage pour l’avenir de l’Europe qui reste avant tout un avenir de la paix. Même si nous devons renouveler notre récit européen pour les nouvelles générations. Car il n’y a pas d’avenir sans l’Europe. »  (http://www.wort.lu/fr/view

Jacques LEPERS