Le temps des vacances d’été approche, et au-delà de la morosité climatique, la seule bonne nouvelle venant de l’Union Européenne, mais restée assez confidentielle, est la nouvelle baisse des tarifs des communications téléphoniques via un portable lorsqu’on se déplace hors du pays de résidence, et lorsqu’on se rend « à l’étranger » selon la terminologie inusable des médias dominants…

 

En dehors de cela, l’impression de langueur et d’impuissance reste au premier plan, avec un pouvoir politique en France hésitant entre la forte volonté d’organiser l’euro zone, et le refus des soi disant « instructions » données par la Commission européenne, qui en réalité agit bien dans le cadre des traités ratifiés notamment par le France…Comme le soulignait encore J Delors dans une récente conférence le 6 mai 2013 :  «  J’ai peur que les peuples se disent que dans le fond, l’UE c’est le Père Fouettard, qui est là pour nous sanctionner, nous donner des amendes, nous contraindre. Mais où est l’espoir ? Où est la contrepar­tie ? Plus de croissance, plus de développement nou­veau, plus d’emploi, notamment pour les plus jeunes.

 

Puisque je suis Français, je vous dirai qu’actuellement, beaucoup de Français se plaignent des contraintes de l’UEM, des pouvoirs d’exécutions donnés à la Commission. Mais les Français acceptent-ils de nou­veaux transferts de souveraineté ? Accepteraient-ils l’idée qu’au niveau européen, on partage davantage de souveraineté et que l’on prenne des décisions qui relèvent de la politique et de l’intérêt général ? »

 

Depuis peu, alors que domine la responsabilité des Etats seuls maitres de leur politique économique, budgétaire et sociale, sous quelques faibles réserves liées à l’appartenance à l’euro zone, la perte d’une élection partielle est imputée à la Commission, par des souverainistes de gauche, relayant le discours nauséabond de l’extrême droite. Cela est révélateur de ce qui attend les militants européens lors de la future campagne des élections européennes qui approche à grands pas. Si rien n’est dit pour expliquer que le retour de frontières de papier, le protectionnisme intra européen, la fin d’une monnaie unique, la préférence nationale sont non seulement contraires à tous nos engagements européens et même à notre constitution mais surtout catastrophiques pour notre destin pour le coup national, nous risquons un vote défouloir totalement ingérable et détestable pour progresser vers plus d’unité en Europe…

 

  Tandis que les partis dits de gouvernement ont milité pour cette Union que nous avons réussi à construire progressivement, aujourd’hui qui défend à la fois les principes et les réalisations de cette même Union ? Certes, celle-ci est perfectible et a pu échouer su certains points, mais elle constitue une dimension indispensable pour réussir dans un monde dans lequel de petits Etats nations sont broyés. A nous de dire bruyamment combien l’ouverture au monde que permet l’Union et la solidarité entre Européens sont vitales, en rappelant d’où nous venons : la seconde guerre mondiale, les anciens postes de douanes intra européens, les restrictions diverses à la libre circulation, la stupidité de la concurrence entre monnaies nationales….. L’impression que donne cette Union aujourd’hui est surtout dans les pays du Sud de l’Europe est qu’elle donne uniquement des incantations d’austérité. Hélas, ce sont pourtant des choix nationaux hasardeux qui ont conduit ces voisins dans le mur, et sans l’entraide européenne, on voit mal une porte de sortie sauf bien sûr celle offerte par les adversaires de toujours de toute forme d’intégration européenne, situés jusqu’ici à la droite extrême de l’échiquier politique, mais rejoints trop souvent par une gauche extrême estimant que les dettes publiques nationales peuvent être effacées et que des relances solitaires de chaque économie de pays membre de l’euro zone est possible… De ce point de vue, le grand  homme d’Etat, Européen convaincu, que fut Pierre Mauroy qui vient de nous quitter nous manquera de par le réalisme dont il fit preuve dans l’action, notamment en 1983 quand il incita le président de la République à choisir le tournant européen et le maintien du franc dans le système monétaire européen..

 

Pour achever plus positivement cette lettre d’avant vacances, rappelons quand même car cela est quasiment oublié par nos médias plus que jamais autocentrés sur le national, que le 1er juillet prochain, la Croatie rejoint l’Union européenne, ce qui montre l’effet d’attraction qu’exerce toujours le souci de rejoindre la famille démocratique que nous constituons. Enfin, un livre disponible en langue allemande doit retenir notre attention, celui de Robert MENASSE « Der Europaische Landbote » L’auteur  se rend à Bruxelles pour une surprise après l’autre: les portes ouvertes et les informations d’experts, une bureaucratie rationalisée, des agents hautement qualifiés et les hiérarchies fonctionnelles.  . Pratiquement aucun des stéréotypes communs des eurocrates ossifiés n’ est vrai.  . Au contraire, ce sont les gouvernements nationaux qui subordonnent l’idée d’un manœuvres populistes à courte vue européennes communes.  . Afin qu’ils deviennent des déclencheurs de la crise politique et économique sévère dans l’Union européenne. Comme l’indique l’auteur : «Le cœur de l’Europe n’est pas des États.  . Le cœur de l’Europe se compose de ses citoyens ». « Les Nations ont été inventées, comme  un patchwork de petits Etats et principautés, avec des combats souvent sanglants les uns les autres pour créer une coexistence pacifique.  Il est maintenant temps de passer à l’étape suivante.   Ici, il s’agit aussi de notre survie dans le monde qui est divisé entre les grandes puissances: la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, les Etats-Unis… »

Bonnes vacances !

Jacques LEPERS