LE BUDGET EUROPEEN : oui, MAIS…

L’accord auquel est parvenu le Conseil Européen (CE) des 8-9/2/2013 concernant le Cadre Financier Pluriannuel 2014-2020 (CFP) est un acte important.

Il engage, au-delà de 2013, et ce de façon contraignante pour les budgets annuels futurs, les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs « Horizon 2020 » de croissance intelligente, durable et inclusive.

Il démontre, ce qui était un point faible de l’Union Européenne (UE), sa capacité de décision collective après l’échec du CE extraordinaire des 22-23/11/2012.Mais cela fait partie intégrante de la liturgie européenne, comme les pendules arrêtées et les décisions au petit matin après un marathon nocturne. Obtenir un consensus de 27 droits de veto, puisque la décision doit être prise à l’unanimité, cela relève du miracle, ou de la roulette russe, jusqu’à…On doit s’interroger sur la pertinence de telles institutions !

Mais cet accord illustre la dénonciation de François Hollande devant le Parlement Européen (PE) l’avant-veille : « L’intérêt national est en train de prendre le pas sur l’intérêt européen ».Les tactiques électorales nationales à court terme l’emportent sur l’intérêt européen à long terme. Vingt sept madame Thatcher autour de la table ne font pas un Robert Schuman.Merkeron se substitue à Merkozy. C’est inquiétant quand on connaît le rôle dynamique du moteur franco-allemand dans la construction et le fonctionnement de l’UE. Voilà qui éclaire d’une lumière crue et critique la célébration compassée du cinquantième anniversaire du Traité de l’Elysée !

Et tout ça pour ça : les exécutifs nationaux ont offert à leurs électeurs un psychodrame, soigneusement mis en scène, sur des queues de cerises : ce budget ne représente que 1% du Produit Intérieur Brut (PIB), alors qu’en France les dépenses publiques dépassent allègrement les 50%.

Mais, pour la première fois de son histoire, le budget européen est en réduction. Au lendemain de l’adoption du Pacte de croissance en juin 2012, les investissements d’avenir sont sacrifiés par rapport à la proposition de la Commission Européenne, la plus conforme à notre intérêt collectif dans la durée. Erasmus a été frôlé par le coup de ciseaux et le Programme Européen d’Aide aux plus Démunis a rencontré son Ravaillac.

Cette décision intergouvernementale a provoqué une rare unanimité parmi les Présidents des principaux groupes parlementaires européens : Joseph Daul, au nom du Parti Populaire Européen (PPE), Hannes Swoboda, au nom des Socialistes et Démocrates (S et D), Guy Verhofstadt, au nom de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux (ADLE), Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit Verts AELE (Alliance Libre Européenne), clament d’une seule voix : « La priorité qui sous-tend les choix du PE est l’ambition de promouvoir la croissance et l’investissement dans l’UE, et donc de contribuer à ce que l’Europe sorte de la crise, de manière soutenable. Cet accord ne renforcera pas la compétitivité de l’économie européenne, au contraire… ».Ils s’étonnent d’un budget « qui mènerait à un déficit structurel » en violation de « l’article 310 du Traité qui requiert un équilibre budgétaire »,et de conclure à leur intention de rejeter le CFP lors de son examen par le PE en juillet 2013.Dans ce cas le budget 2012 serait reconduit en 2013 et ne subirait donc pas les coupes intergouvernementales.

Le PE passera-t-il du verbe à l’acte ? C’est pour lui une opportunité d’exister sur la  scène publique européenne et de se positionner en défenseur de l’intérêt collectif dans la durée, au dessus de la mêlée des petits calculs électoraux nationaux, pourvu toutefois que les médias nationaux accordent plus d’importance à l’essentiel et que les citoyens nationaux, nous-mêmes, découvrent qu’ils sont aussi des citoyens européens. A un an des élections il est encore temps !

par Jacques Hausler,

Président du ME-F-Lorraine

By: MEDOC Jean – MEF-L