L’Europe à la croisée des chemins

intégration renforcée ou désintégration, telle est la question !


 

Quel contraste ! Le 22 janvier 2013 était célébré le cinquantenaire du Traité de l’Elysée, symbole, après la déclaration Schuman de 1950, du rôle moteur qu’a joué le couple franco-allemand dans l’intégration du continent européen, après deux conflits mondiaux. Alors que les deux pays tentent de définir de nouveaux domaines de coopération accrue, le Premier Ministre britannique, manifestement mu avant tout par des préoccupations de politique intérieure, propose le lendemain même à ses concitoyens de se prononcer à l’horizon 2015-2017 sur une sortie éventuelle de l’Union européenne (UE) jugée insuffisamment démocratique et synonyme de contraintes, s’il n’obtient pas satisfaction dans des négociations « à la baisse ».

 

« To be or not to be » membre de l’organisation supranationale du continent européen qu’incarne l’Union Européenne, tel a toujours été le tiraillement lancinant de la société et plus encore de la classe politique britannique. Membre à part entière, la Grande-Bretagne a souvent fait preuve d’un comportement ambivalent à l’égard du principe de solidarité qui régit le fonctionnement de l’UE, du rabais « budgétaire » aux clauses d’exemption sociale et monétaire. Il y a pourtant cette fois une contradiction majeure dans le positionnement de David Cameron. Soit il parvient à négocier un retrait des disciplines communautaires induites par le statut d’Etat membre à part entière de l’UE pour se « recentrer » sur le seul marché unique et cela porte un nom : l’Espace Economique Européen ! Soit le Royaume-Uni (y compris l’Ecosse ?) quitte l’UE, ce que permet le Traité de Lisbonne ! On ne peut en effet réclamer des concessions de ses partenaires dans le sens d’une réduction de ses obligations pour ensuite soumettre cette « adhésion au rabais » au suffrage populaire… « L’adhésion » à l’UE n’est pas un droit : elle implique d’emblée de partager « l’acquis communautaire » que constituent les valeurs et politiques existantes de l’UE, mais également son projet politique !

 

L’Union Européenne a souvent progressé en temps de crise : celle qu’elle traverse depuis deux ans a ainsi conduit à accroître nos règles en matière de coordination et de contrôle des politiques budgétaires et économiques nationales au sein de la zone euro, tandis que le système financier fait progressivement l’objet d’une remise en ordre à travers notamment l’union bancaire en gestation.

 

Nous devons pourtant aller plus loin, de façon déterminée. Il ne s’agit pas tant de relancer le débat d’un point de vue strictement institutionnel, comme trop souvent par le passé, mais de définir l’avenir du projet européen, au-delà de la promesse historique de la paix et de la prospérité de notre continent : du périmètre de cette Union « plus étroite des peuples » européens, dans le respect de la diversité de chacun de ses membres, découlera alors seulement une ou plusieurs formes d’organisation de type fédéral. Déjà, la zone euro ou les coopérations renforcées prévues par les Traités actuels dessinent les contours de ce à quoi pourrait ressembler cette relance du projet d’intégration européen. Reste à en déterminer les politiques communes nouvelles et le niveau pertinent de décision ! Energie, environnement, immigration, harmonisation fiscale et sociale par le haut, mutualisation des dettes nationales et capacité d’emprunt de l’UE, politique industrielle, politique culturelle, défense européenne au service d’objectifs communs de politique étrangère… : tels sont, entre autres, les domaines sur lesquels nous sommes appelés à débattre, le plus largement possible. Cette réflexion ne peut se faire sans les citoyens européens : l’UE est en effet un « bien commun », au bénéfice de tous ses habitants. C’est le modèle économique et social européen, ainsi que son poids et son rayonnement dans la mondialisation, qui sont en jeu ici !

 

Aussi le Mouvement Européen-France appelle-t-il les gouvernements et les parlements des Etats membres, ainsi que les institutions européennes, à commencer par le Parlement Européen, à ne pas différer plus longtemps la question de la construction d’une Europe politique ! Il invite en outre les citoyens à se saisir de ce débat au cours de cette année européenne de la citoyenneté qui débute, afin que les vrais enjeux de l’avenir de notre continent soient au cœur de la campagne que mèneront les partis politiques européens en amont des élections européennes de 2014 !

 

Philippe BERREE

Délégué auprès du Président du Mouvement Européen-France

en charge de la veille européenne

Janvier 2013

Téléchargez la version pdf de la note en cliquant ici

 

Crédits photos : Flickcc.bluemountains.net